Cultiver l’ennui

Hier soir, j’avais tout pour me sentir bien. Je suis sortie de mon rendez-vous chez Ongle Attitude à Lausanne avec une belle manucure violette et argentée (CHF 101.-) ; mes coffee shops favoris étant fermés à 19h, j’ai marché jusqu’à Starbucks de la gare où j’ai commandé un Maple Rooibos Tea Latte Chantilly Grande à l’emporter dont le prix m’a choquée (CHF 9,30 pour un thé crème sans service, ça va la tête ?), suis allée chercher ma voiture au parking, me suis arrêtée à une station d’essence pour faire le plein (CHF 57,05) et acheter une bouteille de 1,5 litres de Coca Zéro (CHF 3.-) puis suis rentrée à la maison où je me suis affalée devant la TV pour regarder un documentaire sur les obèses (Temps Présent, RTS) ainsi que « l’amour est dans le pré », « objectif Top Chef » et « le meilleur pâtissier » en replay sur M6 avec deux gros bols de riz recouvert de brasato al vino rosso, bœuf braisé au vin rouge spécialité du Piémont.

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Une boisson (ou plutôt deux) – Chocolat viennois et jus de concombre Lucien Moutarlier. Drôle de mélange, on est d’accord :o) ! Quand je pense que je paie CHF 10.50, service compris, pour 200 ml de jus de fruits frais et ce chocolat, qui pour moi est l’un des meilleurs de Lausanne, je me dis que Starbucks, c’est de l’arnaque !
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Un soin de beauté – Crème de jour légère à la Rose Dr Hauschka (c) photo : Internet.

Ce soir, j’irais voir l’exposition de l’artiste chinois Liu Bolin au Musée de l’Elysée avec ma Danoise et nous irons sans doute boire un verre ou dîner au restaurant après.

Pourquoi je vous parle d’ennui alors que j’ai suffisamment d’argent pour le dépenser en futilités (manucure, boissons à l’emporter) et du temps pour partager de chouettes sorties et moments avec la famille et les amis ou pour m’abrutir devant des divertissements à la TV ?

Parce que je suis une fille pourrie-gâtée. 

Parce que même si j’ai la chance de tout avoir dans la vie, je suis en train de traverser une phase où je me sens vide, démotivée et pas inspirée. Je ne suis plus dans l’état d’urgence d’avoir à régler les affaires de papa et maman, j’arrive au terme de la reconstruction du chalet qui a été un plaisir de bout en bout malgré les nombreuses embûches administratives et je sais que je vais relever mes objectifs professionnels de cette année. Alors quoi faire maintenant ?

Je suis certes déstabilisée par cette rupture dans ma manière de fonctionner la tête dans le guidon mais je sais aussi que je suis en train de démarrer un nouveau chapitre de ma vie en me laissant tout l’espace nécessaire pour me remettre en question et réfléchir à qui je suis et à ce que je veux faire.

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Un objet – Cheminée Skantherm, achat de la semaine no 9 devant le mur Ecopierre au chalet.
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Un restaurant – Sqirl à Los Angeles (USA). Salade de chou « moche », mélasse de figue, amandes fumées, courgettes de la ferme, vianigrette d’oignon fumé et pickles d’oignons rouges.
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Une sucrerie – Fika à la confiserie Brogyllen à Göteborg (SWE). Le fika (goûter à base de café et de gâteaux) est une institution en Suède. J’ai remplacé le café par du thé.

Comme je suis pragmatique et pas vraiment au bord de la dépression, j’ai mis au point un petit rituel hebdomadaire facile à suivre que j’ai appelé « Happy Me » qui consiste à me faire chaque jour du bien pour m’obliger à me recentrer et à prendre conscience de toutes les bonnes choses qui m’entourent :

  • Lundi, c’est ravioli : une boisson.
  • Mardi : un soin de beauté.
  • Mercredi : un plat/un aliment.
  • Jeudi : un objet.
  • Vendredi : un restaurant.
  • Samedi : une douceur/sucrerie.
  • Dimanche : un moment.

Je compte vous donner un aperçu de mon programme « Happy Me » sur mon blog. L’avantage, c’est que je peux le faire partout, un point important pour moi qui voyage plus que ce que je voudrais vraiment. J’ai d’autres idées en tête à développer mais elles arriveront au fur et à mesure de ma progression. Une chose après l’autre, le but n’est pas de me mettre la pression.

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Un moment – Brisolée royale en famille chez ma tante Williamine. La brisolée est la fête de la châtaigne en Valais et surtout à Fully. Elle se compose de châtaignes cuites au feu de bois, de fromages d’alpage, de fruits de saison (pommes, poires, raisins), de pain de seigle et de beurre, de diverses charcuteries valaisannes (viande séchée, lard, jambon cru, saucisse), de moût et de vins valaisans comme la Petite Arvine. La meilleure brisolée est sans conteste celle de tante Williamine avec les excellents produits de la Potagère à Chamoson que l’on déguste sur sa grande table dans son jardin.
Cultiver l’ennui

Dîner avec The Madame Wife

The Madame Wife
Blog lifestyle

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Bruno, un de mes lecteurs que je salue bien chaleureusement et que je remercie de me suivre car je ne m’imaginais pas que j’avais un lectorat masculin, m’a écrit qu’il « serait très intéressé de lire un article sur mes blogs/sites/lectures préférés ».

Commencer par le blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) aurait été plus consensuel pour son côté (uni)sexe, ses aspects poilants au sens propre comme au figuré et très instructifs mais c’est bien avec un blog « de fille » que je vais commencer cette mini-série.

J’ai rencontré The Madame Wife dans la vraie vie pas plus tard que hier soir sur la terrasse du restaurant La Suite à Lausanne. Cela faisait quelques mois que je la suivais sur Instagram et que j’admirais son sens du style et son savoir-faire dans l’association des coupes, des imprimés et des couleurs.

Etant donné que les rencontres de blogueurs ne sont pas mon truc, que je ne veux pas promouvoir telle marque ou tel événement sur mon blog et que je privilégie la qualité plutôt que la quantité aussi dans mes contacts humains, j’ai proposé à The Madame Wife de faire connaissance autour d’un dîner : jeunes pousses de mesclun, vinaigrette au balsamique et légumes croquants, minute de cochon laqué, jus de pomme, minérale, Malbec et thé vert pour elle et jus de tomate, minérale, pinot gris d’Aigle et thé de menthe pour moi.

Parfois, l’image virtuelle ou plutôt la représentation que l’on peut se faire d’une personne à travers le(s) filtre(s) des réseaux sociaux ne correspond pas toujours à la réalité mais j’ai été ravie de converser avec The Madame Wife qui s’est révélée vive, enjouée et pétillante. Nous avons parlé des tendances vestimentaires de l’automne-hiver 2018-2019 : motifs tigre, zèbre, serpent, imprimés foulards, jupe plissée et fichu noué sur la tête façon Queen Elizabeth II au château de Balmoral ou matriochka des plaines du Biélochikistan :o)

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Pendentif Alphabet Céline (c) Céline | Le nouveau crush de The Madame Wife. Moi qui en suis restée au collier avec le prénom écrit en entier à la Carrie Bradshaw, so 90’s, j’ai osé lui dire : « Oui, c’est un pendentif avec une grande initiale qui ressemble à un os de poulet, et… ? » Il est grand temps que je sorte de mon hibernation fashionesque et que je me mette au goût du jour ! ;o)

The Madame Wife m’a donné aussi quelques conseils mode, comme par exemple, l’acquisition d’une jupe plissée dorée à porter avec un col roulé noir ou une chemise blanche classique qui correspond tout à fait à mes envies d’apporter un peu de fun dans ma garde-robe et de sortir de ma zone de confort. En revanche, je ne suis pas sûre d’adopter la cagoule ou les épaulettes XXL, un retour aux années 80 à oublier vite fait selon moi avec la coupe mulet et le pantalon fuseau…

Pourquoi j’aime The Madame Wife ? Pour ses stories, sa joie de vivre, ses robes fleuries et ses vêtements chinés, ses adresses gourmandes, ses belles décorations de table et ses anecdotes. Allez y !

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© All photos: The Madame Wife.

Dîner avec The Madame Wife

Chercher l’inspiration chez Jeong Kwan

Continuons sur la lancée de mes sources d’inspiration. Comme vous pouvez le constater, mes icônes à moi ne sont pas des blogueuses mode ni de beauté, ni même des « influenceuses » sur les réseaux sociaux, mais des femmes qui ont pour point commun de faire la popote ;o)

Aujourd’hui, j’aimerais vous présenter Jeong Kwan, une nonne bouddhiste coréenne encensée par les plus grands chefs du monde : René Redzepi du Noma à Copenhague, Eric Ripert du Bernardin à New York, Mingoo Kan du Mingles à Séoul, entre autres. Traumatisée par la mort de sa mère, Jeong Kwan a décidé d’entrer dans les ordres à 17 ans pour éviter de devenir maman et d’avoir à infliger à son enfant cette douleur terrible qui a déchiré son cœur à jamais.

Depuis qu’elle est entrée au temple de Baekyangsa, elle a consacré toute sa vie à la méditation, au jardinage et à la cuisine de monastère, une cuisine vegan sans ail, oignon, cébette, poireau et ciboulette peu propices à un esprit calme et détendu. Elle cultive ses fruits et ses légumes sur un lopin de terre sans clôture ni pesticides (et tant pis si la moitié de la récolte est mangée par les bêtes, c’est le jeu ma pauvre Lucette), prépare ses propres sauces quitte à attendre 10 ans pour obtenir de la sauce soja (!) et met le dharma en pratique en apprêtant les produits de la terre avec conscience et savoir-faire.

Loin de moi l’idée de devenir nonne. Je suis bien trop vaniteuse pour me raser les cheveux (mon crâne n’est pas aussi beau que celui de Jeong Kwan) et j’aime trop la séduction et la compagnie des hommes pour renoncer à eux et à mon petit confort matériel. Ce qui me séduit et me trouble à la fois chez Jeong Kwan, c’est la sérénité qu’on lit sur ses traits. Comment fait-elle pour être pleine d’énergie alors qu’elle ne dort que 3 heures par nuit ? N’éprouve-t-elle jamais de ras-le-bol face à la monotonie de ses journées et n’a-t-elle jamais envie de voir ce qui se passe ailleurs ? Comment gère-t-elle ses désirs de femme et les pulsions de son corps ? Trop de choix et de possibilités tuent-t-ils la paix et l’harmonie intérieures ?

Me connaissant, ce n’est ni la méditation ni la religion qui vont apporter de réponses à mes interrogations. En revanche, j’ai une piste de réflexion à creuser à travers la réalisation de tâches quotidiennes simples, comme certaines d’entre-vous me l’ont écrit dans l’article précédent, telles que faire la cuisine et le ménage (j’ai une femme de ménage…), prendre soin de mon corps, de ma santé et de mes affaires et fabriquer quelque chose avec mes dix doigts. Je me rends compte que ma vie est trop dématérialisée et que j’ai perdu le contact avec mes sensations. Je veux éprouver la satisfaction du devoir accompli et prendre le temps de faire les choses bien plutôt que de les zapper ou de les considérer comme des corvées.

Tels sont les enseignements que je retire de Nancy Singleton Hachisu et de Jeong Kwan, qui sont peut-être incapables de rédiger un MoU (Memorandum of Understanding) et de faire des plans stratégiques à 4 ans, mais qui sont tellement plus avancées que moi dans la réussite de la vie qu’elles se sont choisies !

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Pas de cheveux, pas de maquillage, pas d’habits autres que ceux réglementaires du couvent, pas de distractions, serait-ce donc cela, vivre libre ?

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Je suis très attachée à la vaisselle et à l’esthétique des plats. Pour moi, la cuisine ne consiste pas uniquement à préparer quelque chose de bon mais aussi à savoir mettre les produits en valeur pour flatter les cinq sens.
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La beauté d’une cuisine dépouillée sans boîtes de conservation en plastique aux couleurs criardes.

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All photos (c) Internet.

Chercher l’inspiration chez Jeong Kwan

Chercher l’inspiration chez Nancy Singleton Hachisu

Et maintenant, je fais quoi ?

Cette question me trotte depuis une année dans la tête, à présent que la succession de papa et de maman est liquidée et que le projet de reconstruction du chalet de grand-papa Louis arrive bientôt à son terme.

J’entends encore maman me dire que je ne suis pas obligée de courir sans cesse après un but et que je peux simplement « me reposer et profiter de la vie » mais j’ai besoin de m’occuper les mains et l’esprit.

J’ai passé ces derniers mois à réfléchir sur ma situation. Il y a des choses dont je n’ai plus envie comme la vacuité de certaines relations, le paraître et les faux-semblants, les soirées mornes que je préfère passer seule à la maison plutôt qu’en compagnie d’ivrognes et, plus globalement, le trop plein de tout : la gloutonnerie et les émotions négatives qui m’amènent à vider le frigo, les voyages qui ne me font plus rêver mais que j’accepte pour accompagner Lui qui ne tient pas en place (je suis incapable de dire en quelle année je suis partie à Goa, à Hong-Kong, à New York ou à Singapour), les objets dont je n’ai pas besoin et qui s’entassent, les dossiers qui s’empilent sur mon bureau…

Si cela ne tenait qu’à moi (mais justement, cela ne tient qu’à moi !), je mettrais le feu à toutes mes affaires et partirais sur la route avec Izzi sous le bras. Pour aller où ? Sans doute une semaine ou deux à Gravetye Manor dans le West Sussex en Angleterre pour réfléchir avant de rentrer en Suisse où je chercherais un endroit où me poser quelque part à la campagne.

Je crois que j’adorerais vivre comme Mimi Thorisson qu’on ne présente plus, partie s’installer dans le Médoc avec son mari, ses sept enfants et ses 20 chiens, un pari loin d’être gagné d’avance, ou comme Nancy Singleton Hachisu, une Américaine qui a quitté sa Californie natale pour étudier le japonais au Japon (bah oui, c’est mieux ;o)) et qui n’en est plus repartie par amour pour Tadaaki, son fermier de mari. J’aime ces trajectoires de vie où, par la magie des rencontres et une bonne dose de courage et de volonté, on se retrouve à sublimer le quotidien dans des endroits inattendus et improbables.

Je ne connais pas Nancy Singleton Hachisu mais je m’extasie devant son intérieur qui mêle l’architecture traditionnelle japonaise et le confort des meubles occidentaux, la beauté rustique de sa vaisselle et de ses théières en terre cuite dépareillées, la cuisine chaleureuse, pas très bien rangée, où l’on sent qu’elle prend du plaisir à confectionner des plats simples et goûteux avec les produits issus de la terre cultivée par son mari.

Bien entendu, la réalité ne doit pas être rose tous les jours et on sent qu’il y a énormément de travail derrière toutes ces photos mais j’aimerais, moi-aussi, mener une existence plus simple et plus lente, au rythme de la nature et des saisons, une liberté essentielle à laquelle j’aspire au fond de moi.

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(c) All photos: Internet.

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