Etre maître de mes finances

J’ai des grands objectifs dans la vie : être maître de l’univ… euh, non, de mon univers comme je l’ai expliqué dans mon article précédent et être maître de mes finances, deux aspects de ma vie sur lesquels j’ai un minimum de pouvoir contrôle :o)

Comme je l’ai expliqué dans plusieurs de mes posts traitant de « confiture de pognon », de « boule de neige » et de « cigale et de fourmi » (il ne s’agit pas de haute finance ;o)), j’ai la chance de posséder plus mais aussi moins que beaucoup de personnes, ça dépend où on fixe le curseur.

Mon but n’a jamais été d’être riche, d’avoir des toilettes et des robinets en or fin ni de me nourrir exclusivement de champagne, de truffes et de caviar (bof, à part les truffes) mais de posséder suffisamment pour me faire une belle vie sans avoir à me soucier du lendemain.

Pour y arriver, il n’y a pas de miracle, il faut avoir une source de revenu qui sera plus ou moins importante en fonction du mari des études que l’on aura faites – un diplômé de l’IMD recevra un salaire plus conséquent qu’un Doctorant universitaire dont le sujet de thèse est « Obélix pourrait-il s’intoxiquer ? Ou les maladies transmissibles du sanglier à l’homme » (je n’invente rien) et investir intelligemment (non, les souliers et les sacs à main ne sont pas des investissements mais une carte Magic Gathering Black Lotus de la série Alpha, oui).

Pour investir, il faut économiser, là non plus il n’y a pas 36’000 moyens ou alors il faut faire des trucs chelous comme l’Arnaqueur de Tinder, Anna S., Christophe R. ou Bernie M. (lui, c’est le Boss ultime de fin de niveau) mais souvent on passe par la carte prison comme au Monopoly et on n’a plus d’amis parce qu’on les a volés, ce qui est mal.

A la suite d’une Story sur Instagram, on m’a parlé du mouvement américain FIRE de l’acronyme « Financial Independence Retire Early », qui d’après ce que j’ai lu, consiste plus ou moins à sacrifier sa jeunesse en se privant de tout (sorties, voyages, restaurants, loisirs, voire de relation amoureuse et d’une famille pour les plus extrêmes qui vivent chez papa-maman pour épargner un loyer) pour continuer à vivre avec parcimonie jusqu’à la fin de sa vie, le but étant de prendre sa retraite à 40 ans.

En Suisse, Postfinance estime qu’il faut CHF 2 millions de capital à 40 ans pour être FIRE, hors crash boursier et catastrophes majeures entraînant une récession mondiale, en prenant en compte que le coût de la vie est le plus cher du monde (classement de 2020) et que l’espérance de vie est de 80 ans environ (85,1 ans pour les femmes et 81 pour les hommes). Papa disait avec raison qu’en Suisse, être millionnaire ne signifie pas forcément être riche.

Tout n’est cependant pas à jeter dans les conseils donnés par les adeptes FIRE et je pense qu’il y a matière à puiser çà et là quelques bons conseils… ou pas.  

  • Cuisiner, cesser d’aller au restaurant et de se faire livrer la nourriture chez soi. C’est vrai qu’à l’époque de mes grands-parents, on cuisinait beaucoup et on allait au restaurant pour fêter quelque chose de spécial. On n’y allait pas par flemme de se préparer à manger. Je n’ai pas d’avis sur le sujet. Maman et papa aimaient découvrir les tables des grands Chefs de la région et on allait goûter dans un salon de thé chaque fois qu’on faisait les courses en ville avec maman, un rituel que je perpétue d’ailleurs.
  • Se payer en premier, mettre de côté tout l’argent qu’on reçoit en plus chaque année. C’est vrai que si je compare mon salaire actuel à celui que je gagnais au tout début de ma carrière professionnelle, ça fait peur tout l’argent que j’ai dépensé ! Pour les frugalistes, c’est plus facile de continuer à vivre avec ce que l’on possède à 20 ans sans jamais vouloir autre chose plutôt que de goûter à mieux et de renoncer à plus : plus d’espace d’habitation, plus de confort, plus de qualité, plus de services, etc. En cela, ils n’ont pas tort mais ça fait du bien aussi de se lâcher et de faire des folies, surtout quand on est jeune ! Je ne suis pas partisane du fait de tout remettre à plus tard : « Quand j’aurai 40 ans », « Quand je serai à la retraite », « Quand je serai mariée », « Quand j’aurai des enfants » car si ça se trouve, on n’en aura plus l’envie ni l’énergie quand le moment sera venu et je pense que c’est important d’expérimenter, de se tromper, de se relever, de recommencer, bref, de vivre !
  • Faire un budget, régler ses dettes et acheter en espèces quand on a l’argent. Ne pas avoir de dettes devrait être LA base. Quant à acheter tout en espèces, certaines choses ne peuvent se commander qu’avec une carte de crédit comme les billets d’avion, la réservation d’hôt… Suis-je donc bête, un frugaliste ne voyage pas ou si, dans son pays et chez des gens qui l’hébergent !
  • Profiter des activités gratuites. Se balader, pique-niquer, marcher dans la forêt, en montagne, sur la plage, donner des rendez-vous dans la nature plutôt que dans un bar. Très bonne idée ! J’adore mes balades avec ma cousine Mumu en Valais et j’ai un super souvenir de la fondue cet hiver au soleil au bas des pistes de ski de Verbier.
  • Avoir un objectif à atteindre comme acheter une maison à la campagne avec un jardin et des animaux. Je ne peux pas dire le contraire. Posséder son propre logement devrait être une priorité dans la vie. Il faut cependant avouer qu’en Suisse, l’accès à la propriété est un rêve quasi inaccessible pour la majorité des gens.
  • Vivre en colocation ou chez ses parents jusqu’à 40 ans. Faire la Tanguy pour mettre de l’argent de côté ? Même pas en rêve !
  • Garder les sacs en plastique et les emballages que l’on nous donne pour les réutiliser. Je ne suis pas adepte de garder les choses « qui peuvent servir un jour ». On les oublie et ils s’entassent souvent dans un coin, créant du désordre. Autant les refuser ou s’en débarrasser tout de suite.
  • Habiter en ville, utiliser les transports publics et se passer de voiture. C’est un choix mais je ne pourrai pas me passer de voiture. C’est bien trop compliqué d’amener Kumba et Mizar au chalet en transport public (taxi, 2-3 trains et car postal) mais on n’est pas obligé d’avoir une résidence secondaire ni des chats d’ailleurs :o) Si j’étais frugaliste, je n’aurais pas d’animaux car ça coûte cher en nourriture et en frais de vétérinaire ces petites bêtes.
  • Acheter des vêtements en seconde main. Je n’ai pas encore franchi ce pas même si je trouve louable de lutter contre la pollution produite par l’industrie textile. C’est psychologique mais l’idée de mettre des chaussures déjà portées me dégoûte. J’aime aussi aller dans une belle boutique et en ressortir avec un emballage préparé avec soin. Ce n’est pas qu’un vêtement que j’achète mais un service, une architecture d’intérieur, un éclairage, une présentation, soit un moment qui flatte tous les sens. Tout le contraire de la Fast Fashion.
  • Remplacer les produits de nettoyage, de beauté et de soins quand ils sont vides. Tout à fait d’accord, je ne stocke rien parce que je déteste être envahie d’objets.
  • Réduire son budget alimentaire et acheter moins cher chez les Hard Discounters. Manger pour EUR 10 par semaine en achetant 2 bananes, 3 champignons et 1 carotte quand on a les moyens est inutile et pas souhaitable. Les vitamines, c’est important. Par ailleurs, je ne sais pas ce qu’on obtient comme qualité de produit avec EUR 10 par semaine et je veux éviter à tout prix tout ce qui est issu de l’élevage intensif et en batterie qui est interdit en Suisse.
  • Supprimer tous les abonnements et comparer les offres de téléphone et d’assurances. Je n’ai pas la patience de comparer chaque année les tarifs des opérateurs de téléphonie. Je ne me préoccupe pas non plus de mon assurance maladie car elle est prise en charge par mon travail. J’ai un abonnement à Netflix que je compte garder même si je vais passer en version standard (CHF 18.90) au lieu de Premium (CHF 24.90. En Suisse, on paie CHF 78 annuel de plus que les autres pays européens, sans raison ! On va d’ailleurs voter une loi sur Netflix en mai), un abonnement au fitness que je vais résilier et un abonnement à WordPress pour éviter les encarts publicitaires sur mon blog.
  • Observer un moratoire de 30 jour avant chaque achat. Oui si on est un acheteur compulsif ce qui n’est pas mon cas.
  • Renoncer à acheter des boissons, des jus de fruits, des chips, des pâtisseries et des gâteaux. Elle est chouette la vie des frugalistes à l’eau, au thé et au café ! :o) Je suis mauvaise langue, ils recommandent de faire tout maison. Certes, on peut préparer soi-même son pain mais cela ne vaudra jamais celui d’un maître boulanger ! C’est un métier d’être cuisinier, boulanger, pâtissier, chocolatier, confiseur… Je voulais aussi fabriquer mes yogourts moi-même mais quand j’ai lu que je devais les laisser fermenter pendant 10h à 70 degrés, je me suis dit que la consommation énergétique n’en valait pas la peine.
  • Allumer le four pour cuire plusieurs plats et le laisser ouvert pour réchauffer la maison. On peut cuire un gigot d’agneau ET une tarte aux pommes en même temps ?
  • Vivre sans chauffage en hiver. Cela dépend où on vit mais ce doit être extrêmement inconfortable en Suisse.

Je n’ai rien trouvé sur la beauté ni les soins esthétiques mais j’imagine que les rendez-vous chez le coiffeur, manucure, masseur sont considérés comme superflus.

En conclusion, le plus important pour moi est de savoir quels objectifs on veut atteindre. Les miens ne sont clairement pas de cesser de travailler ni de me serrer la ceinture pour accumuler des millions. Le travail peut être épanouissant et je ne vois pas la retraite comme un idéal de bonheur absolu à atteindre. J’ai trouvé intéressant de me documenter sur le frugalisme et le mouvement FIRE mais je suis hédoniste et préfère la mesure à l’extrême. Pas de gaspillage des ressources, oui, mais renoncer au confort, au plaisir et à la qualité de vie, non.

Un frugaliste ne voyage pas en avion ni ne séjourne dans un Palace, comme l’Alhambra Palace à Grenade en Espagne.
Un frugaliste n’achètera pas d’animaux chez un éleveur. J’ai toujours acheté mes chats en fonction de mon style de vie. Ce n’est pas à un animal de s’adapter à moi mais à moi de lui fournir tout ce dont il a besoin. Les Ragdolls comme Kumba sont des parfaits chats d’intérieur, doux, gentils, paisibles et câlins.

Etre maître de mon univers

A défaut d’être maître de l’Univers, je veux être maître de mon univers. J’ai réalisé il y a une semaine que je voulais sérieusement m’installer chez moi à Montreux et pas juste poser mes valises en provoquant les changements comme je me suis employée à le faire pendant ces deux dernières années.

Cette prise de conscience est arrivée sans fracas et à petits pas : en écoutant mon amie A. me parler de son appartement comme de son cocon, en admirant les couchers de soleil somptueux tous les jours devant mes fenêtres (je sors parfois sous la pluie pour contempler la vue époustouflante depuis mon nid d’aigle), en prenant du plaisir à nettoyer le plan de travail de ma cuisine après avoir refermé mon laptop sur une dure journée de travail, en regardant Kumba et Mizar se promener nonchalamment, tels des fauves miniatures, le long des 10 mètres de mon corridor.

Ce fameux samedi quand je me suis réveillée la tête dans les nuages, j’ai regardé distraitement le temps qu’il faisait à travers la fenêtre en attendant que le lait chauffe pour mon latte et j’ai réalisé tout à coup que non seulement ce moment était parfait mais aussi que je pouvais le reproduire à l’infini car tout était à moi : la cuillère en argent, le mug en verre, la casserole blanche, la plaque de cuisson en vitrocéramique, le bar dans la cuisine, le canapé dans le salon, le balcon, ses bacs à lavandes et ses arbustes chétifs, le paysage dominant le lac et le château de Chillon, tout ! Je possédais vraiment un petit bout de Montreux !

Signer le contrat chez le notaire était une bonne chose mais je n’ai pas éprouvé de joie particulière à acquérir mon appartement : tout s’est passé trop vite (15 jours entre la visite et la vente), je ne savais pas ce que j’achetais réellement à part que c’était un excellent investissement (j’en étais à demander à l’ancienne propriétaire s’il y avait un lave-vaisselle parce que je ne l’avais pas vu :o)) et j’étais dans l’expectative de savoir si Montreux allait me plaire après avoir grandi et vécu à Lausanne et ses environs toute ma vie, exceptées mes 5 premières années à Séoul.

Même si j’adore passer des moments avec mes amis et mes proches, je me suis rendu compte que je pouvais aussi être à l’aise et sereine quand je suis seule et mon appartement y est pour beaucoup ! Chaque jour, c’est un bonheur de vivre dans un intérieur baigné de lumière où le soleil est si chaud que j’allume à peine le chauffage (seulement 3 radiateurs sur 7 fonctionnent en plein hiver même quand les températures sont négatives). J’étire mes jambes, bien calée dans les coussins sur le canapé, m’enroule dans un plaid pour un supplément de confort, écoute les ronrons de Mizar qui vient dormir sur mes genoux et soupire de satisfaction en me disant que je pourrais passer toute ma vie comme ça.

Mon chez moi n’est pas une question d’immobilier, ni de mobilier de designers ou d’Ikea, ni de nombre de pièces ni de surfaces calculées en m2, ni de lit placé la tête au nord et les pieds au sud. Il est constitué de toutes les heures nécessaires qu’il a fallu pour que je prenne possession des lieux, établisse des routines et automatise mes gestes (Qu’est-ce que cet interrupteur allume ? Où se trouve les prises pour charger mon téléphone ? A quoi sert ce bouton ?), repère ses défauts (les fourmis à l’intérieur, ce n’est plus possible, ma sonnette d’entrée ne fonctionne plus, je dois changer le nom sur ma boîte à lettres et la poignée de la fenêtre de la chambre qui est cassée) et constate que je ne suis pas obligée de faire tous les travaux en une fois pour me sentir bien.

Mon chez moi est en fait mon univers, le reflet intangible de ce que je suis et de ce que je veux bien y mettre, l’atmosphère que je veux créer qui enrobe le tout et qui est, paradoxalement, cet endroit immatériel où je peux me reposer et me détendre et je l’ai enfin trouvé (en plus du chalet, bien entendu ;o)) !

Traverser les événements avec détachement

Comme tout le monde, j’ai été choquée par l’annonce brutale de la guerre en Ukraine et des conséquences atroces sur la population civile, source d’angoisse pour beaucoup de monde dont le moral a déjà été mis à rude épreuve pendant les deux ans de pandémie que nous avons vécue et qui n’est pas encore terminée. Ici, nous n’avons pas affaire à l’imprévisible comme une chute de météorite, un tremblement de terre, l’invasion des extra-terrestres, l’éruption d’un volcan ou un tsunami mais à un conflit créé par l’homme et qui peut donc s’arrêter demain si on le veut tous bien.

Je pense que ceux qui n’ont pas subi la guerre ni même la menace de la guerre froide qui a vu la chute des régimes communistes en Europe en 1989 et la dislocation de l’URSS en 1991 n’ont pas la moindre idée de l’horreur que cela représente de risquer sa vie et de fuir sous les bombes mais ce n’est pas pour autant qu’il faut minimiser l’impact sur les « victimes collatérales » que nous sommes, la peur et la souffrance n’étant ni quantifiables ni comparables.

J’ai commencé par m’affoler en lisant les journaux et en écoutant les experts s’exprimer à la télévision puis, je me suis calmée en me disant que je percevais la guerre en Ukraine différemment de celle en Syrie ou au Soudan du Sud en raison de sa proximité géographique et de l’impact potentiel sur ma propre vie et je m’en suis voulue parce que la situation des personnes attaquées est ignoble partout ! Je me suis dit aussi que réagir sous l’emprise de l’émotion n’était jamais une bonne idée et j’ai fini par considérer les événements avec du recul et un œil objectif.

Sachant que je suis impuissante à résoudre quoique ce soit dans la pandémie (je ne suis ni virologue ni médecin) et dans la guerre (je ne suis ni militaire ni stratège en géopolitique), j’ai pris de la distance avec les médias, les finances, la politique et les opinions des uns et des autres pour me concentrer comme d’habitude sur le ici et maintenant.

Ici et maintenant, le soleil brille, je profite de la liberté retrouvée et sors beaucoup puisque les mesures anti Covid-19 mis en place par la Confédération Helvétique ont toutes été abandonnées sauf le masque dans les transports publics jusqu’à fin mars. Les jours s’allongent et la température se réchauffe, nous allons vers le printemps. Je me balade en ville et au bord du lac et je compte bientôt cueillir des herbes sauvages dans la nature pour agrémenter mes repas avec de la dent de lion (pissenlit en vf), de l’oseille sauvage, des orties, de l’ail des ours, etc.

Ici et maintenant, je travaille depuis chez moi avec une sécurité de l’emploi jusqu’en 2032 au moins sauf si le monde part en cacahuète, mes placards de cuisine et mon réfrigérateur sont vides mais je ne stresse pas parce que les supermarchés regorgent de victuailles et de biens de première nécessité. Je continue à manger mes fruits et mes légumes, je cuisine quand j’en ai envie, vais au restaurant de temps en temps et me réjouis de préparer bientôt des bentos et des pique-niques pour les manger dans les bois.

Ici et maintenant, je me sens aimée et protégée. J’ai deux toits sur la tête, je ne risque pas l’expulsion puisque je suis propriétaire, je ne manque de rien et n’ai pas de dettes, je vis dans le bien-être et le confort. Les chats sont en parfaite santé, jouent et font le nécessaire pour se reproduire, je tricote en regardant mes émissions préférées à la TV (Top Chef, Vikings, Netflix), écoute des podcasts avant de m’endormir, prends soin de mes orchidées, réfléchis sur l’agencement de ma salle de bain et l’organisation des espaces de rangement.

Ici et maintenant, je me dis que j’ai la chance de mener une vie aussi belle ! Je veux rester positive et confiante dans l’avenir. L’humanité a traversé tant de tragédies et de catastrophes au fil des siècles malgré son extrême fragilité, je crois dans le génie humain qui a toujours su rebondir.

Ici et maintenant, je laisse à d’autres le soin d’écrire l’Histoire avec un grand H. De mon côté, je suis heureuse de figurer parmi ces milliards d’anonymes qui ne laisseront aucune trace de leur passage sur terre et vais tout faire pour le rester.

Ici et maintenant, je me dis que cela ne sert à rien de craindre le pire. Je ferai avec.

Cuisiner des plats du terroir

Quand j’ai étudié l’Histoire avec un grand H, celle d’Aménophis IV, de Charles Quint, d’Otton 1er mais aussi des Seldjoukides, mais oui, vous savez les membres de cette tribu d’origine turque de la branche des Oghouz qui a émigré du Turkestan vers le Proche-Orient au milieu du Xie siècle jusqu’à la fin du XIIIe siècle (je ne fais pas ma pédante, si je sais ça, c’est que j’ai tiré au sort le sujet sur les Croisades à l’examen d’histoire de maturité fédérale, sorte de BAC suisse, et l’expert qui m’interrogeait avait tiqué quand j’avais parlé des « Turcs Seldjoukides ». Il m’avait demandé de préciser ce point, ce que j’avais trouvé gonflé sachant qu’on avait dû réviser toute l’histoire de l’humanité depuis le Paléolithique, que c’était déjà assez compliqué comme ça de me rappeler les dates principales et les faits marquants des Croisades sans avoir à détailler les origines ethniques ni les arbres généalogiques de tous les acteurs en présence ! J’ai dû lui donner une réponse satisfaisante car j’ai obtenu un 6/6 :o)), je me suis demandé comment les gens de la vie de tous les jours, soit tous ces anonymes qui n’ont laissé aucune trace de leur passage dans les manuels ni sur Wikipedia, traversaient les périodes ravagées par les guerres, les disettes et les pandémies mondiales comme la peste noire, la suette anglaise, le choléra, la variole, le typhus, la grippe espagnole et la Covid-19.

Maintenant, je sais et je dois dire que cela ne se passe pas trop mal pour moi parce que j’ai la chance de capter la 5G de n’avoir pas encore perdu de proches à cause de ce f**tu virus de mes deux. Je croise les doigts.

Lors du Grand Confinement de 2020, pire récession économique depuis la Grande Dépression de 1929, ma copine et Moi avons commencé à cuisiner ensemble des plats du terroir. D’abord pour des raisons pratiques parce qu’il est difficile de s’envoyer une pleine marmite de choucroute tout seul, ensuite parce que les établissements étant fermés et les rassemblements limités, c’était une manière pour nous de créer un minimum de lien social.

Cette fin de semaine, nous avons préparé un papet vaudois et une tarte au nillon ou nion et pommes caramélisées que l’on prononce « ni-hon » et pas « gnion » comme moi, deux spécialités du Canton de Vaud. Vous trouverez facilement la recette du papet vaudois sur Internet ainsi que celle de la tarte au nillon de noix et pommes caramélisées du Chef doublement étoilé Stéphane Décotterd du Pont de Brent, que l’on prononce « Brun » pas « Brent » comme cela s’écrit (décidément, le vaudois oral, c’est compliqué ;o)).

Trouver des oignons, des pommes de terre et des poireaux que ma copine Madame prononce « porreaux » en cette saison n’est pas difficile, ça l’est un peu plus pour les saucisses aux choux et le nillon qui est du tourteau de noix en français de France. C’est à la Foire de Brent « Brun » que j’ai découvert un bloc de nillon « ni-hon », une spécialité de Suisse Romande issue du pressage des noix, que l’on peut croquer tel quel si l’on a des bonnes dents ou utiliser sous forme de poudre en pâtisserie dans des gâteaux ou en crumble.

Pour la tarte, j’ai réalisé pour la première fois une pâte sucrée qui était tellement simple à préparer au Thermomix que je me suis dit que je n’achèterai plus jamais de pâte à tarte de ma vie. La seule variante que j’ai apportée à la recette du Chef Décotterd est que j’ai remplacé le sel par de la fleur de sel de Madagascar. La tarte n’est donc pas totalement IGP, comme une des saucisses aux choux qui venait de l’excellente boucherie Blanc à Châtel-Saint-Denis dans le Canton de Fribourg contrairement à celle de la boucherie Suter que j’ai trouvée dans l’épicerie Minestrone à Montreux.

« Alors, ça goûte quoi ? » me demanderaient les Canadiens et les Belges francophones.

Le papet vaudois goûte la pomme de terre écrasée et le poireau « porreau » cuits dans de l’eau et du vin blanc mélangés à du hachis de saucisse épicé avec du chou aigrelet, apportant un jeu de texture et de mâche, qui seraient réveillés par un trait de vinaigre en fin de cuisson pour l’acidité, L’ensemble est visuellement peu attrayant et ferait un bon sujet pour une revisite dans Top Chef ;o)

Quant à la tarte au nillon et aux pommes caramélisées, j’ai été agréablement surprise par la légèreté de la mousse de nillon de noix que je pensais être un vrai « étouffe-chrétien » mais ce n’est pas un dessert qui me ferait me relever la nuit. Je n’apprécie pas forcément toutes les spécialités du terroir, même si je les trouve intéressantes, et préfère de loin une bonne tarte aux pommes traditionnelle.

La prochaine fois avec ma copine Madame, on s’attaquera à la fondue et aux meringues à la double crème de Gruyère, spécialité du Canton de Fribourg, qui n’est pas de la crème de fromage, mais une crème tellement riche (45 % de matières grasses), épaisse et onctueuse que ceux qui n’en ont pas goûtée ne connaissent pas encore tous les plaisirs de la vie ! Imaginez la texture crousti-moelleuse d’une belle meringue suisse associée à la Rolls de la crème qui affleure à la surface du lait entier de vaches après la traite et vous aurez une idée du côté sublime de ce dessert.

Papet vaudois et saucisse aux choux.
Tarte au nillon de noix et pommes caramélisées, the Merry Mango et Perceval le chat.

Vivre avec CHF 500 par mois

« Stéphanie, tu ne sais pas ce que c’est, tu ne peux pas comprendre ! »

Je ne suis pas fascinée par la pauvreté. Je ne cherche pas non plus à me rendre intéressante en « faisant ma pauvresse » comme m’a dit Dani. J’ouvre simplement les yeux et je prends conscience de la réalité de la vie en Suisse dont je ne me rendais pas compte. Tout simplement parce que j’ai grandi dans une famille aisée qui m’a envoyée dans une des meilleures écoles privées internationales de Lausanne, fait ma rebelle en allant à l’ECAL, Ecole Cantonale d’Art de Lausanne, une référence dans le monde des HES en art, puis rentrée dans le moule en travaillant pour une entreprise internationale mondialement connue, ou j’ai fait ma place, pour rassurer papa et maman.

Toute ma vie, on m’a fait comprendre que je faisais partie d’une élite, qu’il fallait étudier et travailler dur pour réussir. J’ai été première de classe à l’école et après l’ECAL, j’ai trouvé mon emploi sans effort trois jours après un entretien dans un cabinet d’avocats où l’on m’a demandé si je savais utiliser une photocopieuse (bah oui, même un ordinateur, c’est quoi cette question à la noix ?) et qui n’a rien donné « parce que je manquais d’expérience » (forcément, je sortais des études).

Forte de mon expérience, comment pouvais-je savoir qu’étudier et travailler dur et faire des hautes études ne menaient pas forcément à la réussite ? Que des amis qui ont fait un master et/ou un doctorat à l’Université sont dans la galère en ce moment, que certains copains de classe de l’ECAL vivent avec CHF 500 par mois alors qu’ils travaillent et qu’ils n’ont pas pris de vacances ni même de week-ends depuis de nombreuses années ?

Je ne parle pas de la pauvreté en Suisse, ni des personnes sans formation en situation précaire qui n’ont pas d’autres perspectives d’avenir que des « petits boulots » mal rémunérés. Je parle de chefs d’entreprise et d’indépendants qui sont obligés de vivre chichement parce qu’ils ne reçoivent aucune aide quand ils en ont besoin alors qu’ils doivent faire face à de nombreuses charges (AVS/AI/APG, TVA, taxes de la Chambre du Commerce, etc.) et qui se retrouvent endettés suite à une blessure ou à une maladie ou en situation de faillite personnelle et professionnelle accélérée par la pandémie.

Ces trois dernières années, je me suis retrouvée plusieurs fois à réconforter des amis au bout du rouleau, qui m’ont raconté leur détresse et leur honte d’en être arrivés là alors qu’il n’y a aucune honte à avoir, qui n’arrivaient plus à trouver de solutions et envisageaient le suicide tellement leur charge était lourde à porter. J’ai fait du mieux que j’ai pu, j’ai prêté de l’argent puisque AUCUNE administration n’était capable de le faire alors que je ne suis ni une banque ni une association caritative, j’ai épaulé un proche en recourant à ma fiduciaire pour obtenir un rendez-vous à l’office des impôts où je suis allée en tant que témoin pour arrêter une saisie et une vente forcée de ses biens.

Je ne suis pas fascinée par la pauvreté, non. Je suis révoltée par un système qui broie les gens au lieu de les aider dans une Suisse riche et prospère au niveau de vie le plus haut du monde ! Je pourrais bien sûr faire comme tout le monde dans mon milieu, vivre dans l’insouciance et faire comme si cela n’existait pas dans notre beau pays.

« Ma foi, il y a et il y aura toujours des pauvres, c’est comme ça ».

C’est pour répondre à cette remarque : « je ne peux pas comprendre parce que je ne sais pas ce que c’est que c’est » que j’ai voulu tenter l’expérience de vivre avec CHF 500 par mois du 25 octobre au 25 novembre 2021. Pour comprendre. Pour savoir si c’est possible. Pour analyser mes dépenses et avoir un œil critique. Pour dégager de l’argent si je me retrouve à nouveau face à un ami en détresse parce que je ne peux pas continuer à distribuer des dizaines de milliers de CHF par-ci par-là en puisant dans mes réserves même si je fais signer des reconnaissances de dettes (Je prête de l’argent mais je ne le donne pas parce que je refuserai que l’on me fasse la charité si je me retrouvais dans cette situation et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour rembourser au plus vite ce que l’on m’a prêté. Pour l’instant, personne ne m’a jamais rien rendu mais j’ai un document légal à faire valoir au juge dans le pire des cas… J’étudie également la situation au cas par cas, je ne suis pas Mère Teresa).

Si je me contentais uniquement des dépenses nécessaires, soit la nourriture pour moi et les chats et mes déplacements en voiture – hors assurance, permis de circulation, services et autres frais -, je pourrais m’en sortir avec CHF 500 par mois à condition que les chats et moi restions en parfaite santé.  

Dépenses nécessaires : CHF 541

  • Nourriture et boissons : 262, soit 65.50 pour 4 semaines. Je pourrais vivre avec moins si j’achetais chez les Hard Discounters comme Aldi et Lidl.
  • Essence et parking : 149. J’ignore si un abonnement demi-tarif de train serait plus avantageux. Tout ce que je sais, c’est que je ne pourrais pas aller au chalet avec Kumba et Mizar en transport public. Transporter 10 kg de chats sans les caisses et sans mes affaires pour prendre le taxi jusqu’à la gare de Montreux, changer de train à Martigny puis à Sembrancher pour grimper dans le car postal et marcher jusqu’au chalet relève d’un entraînement commando.
  • Nourriture de Kumba et Mizar : 130. Si je ne donnais que des croquettes aux chats, leur nourriture coûterait moins cher. Je n’ai pas non plus besoin de leur donner du Royal Canin. Kumba mange tout (Gourmet, Whiskas, Excelcat) mais Mizar est très difficile.

En ce qui concerne les dépenses accessoires qui sont plus importantes que mes dépenses nécessaires, autant je pourrais éviter d’aller chez la manucure et au salon de coiffure tous les mois, autant ce serait compliqué pour moi d’avoir une vie sociale. Je ne me vois pas accepter des invitations si je ne peux pas les rendre et je ne sais pas comment je me débrouillerai pour offrir des cadeaux aux anniversaires et pendant les fêtes. Le plus difficile à accepter pour un des amis que j’ai aidé, était d’en être arrivé au point de n’avoir même pas de quoi acheter un lapin de Pâques en chocolat à ses enfants. En tant que papa, il pouvait se priver de tout mais ça, c’était trop dur pour lui. Une fois de plus, je ne parle pas d’une personne à l’assurance sociale mais d’un chef d’entreprise qui emploie du personnel. Une fois les salaires payés, il ne lui restait plus rien pour vivre !

Dépenses accessoires : CHF 742

  • Abonnement à Cookidoo : 39, paiement annuel pour obtenir des recettes pour le Thermomix.
  • Manucure : 100.
  • Coiffure : 160.
  • Restaurant : 289 pour un plateau de fruits de mer à la Rouvenaz à Montreux, trois repas d’entreprise et une invitation à dîner à la Brasserie des Sauges à Lausanne. J’ai remarqué qu’il est difficile d’arriver au travail avec son propre repas lors d’une Assemblée Générale à moins de faire la sauvage et de me cacher pour manger.
  • Netflix : 22 mensuel. Il y a des abonnements Netflix moins chers que l’abonnement Premium. A creuser.  
  • Goûter avec ma voisine : 47. J’ai voulu préparer une tarte aux pommes et des finger sandwiches maison mais finalement, des gâteaux et des canapés chez un grand chef pâtissier auraient coûté le même prix. C’est bien de le savoir pour les prochaines fois.  
  • Fitness : 69 mensuel. Courir dans la neige et le froid, ce n’est pas encore mon truc mais c’est possible. Comme de se baigner dans le lac tous les jours de l’année, aglagla.  
  • Cadeau : 16. Je ne me rappelle plus ce que j’ai acheté comme cadeau chez Globus ni à qui je l’ai offert. C’est inquiétant.

On remarquera que je n’ai acheté aucun vêtement ni de billet pour un spectacle comme je voulais le faire tous les mois pour soutenir les artistes qui, eux aussi, ont énormément souffert de la pandémie.

Bilan :

  • Je ne critiquerai plus jamais les Hard Discounters ni les marques de Fast Fashion parce que certains ne peuvent pas faire autrement pour se nourrir et se vêtir.
  • C’est joli de prôner une consommation plus éthique et plus responsable mais il faut en avoir les moyens ! Je continue à acheter de la viande chez le boucher et les fruits et les légumes au marché mais je suis consciente désormais que c’est un privilège.
  • Je remercie mes contacts sur Instagram pour m’avoir donné leurs astuces pour acheter bon marché, notamment en matière de crèmes hydratantes que je me réjouis de tester !  
  • Je remercie également ma copine Madame qui m’a été d’un grand soutien tout au long de cette expérience avec son bon sens et son pragmatisme. On peut vivre bien en menant une vie simple, sans restaurants ni sorties coûteuses, et faire preuve d’imagination. J’ai découvert la joie de cuisiner des plats du terroir et de tricoter chez elle en buvant du thé qui est bien plus sympa que d’aller au restaurant ensemble même si l’un n’empêche pas l’autre.
  • Une pomme offerte avec bonté au marché de Lausanne fait extrêmement plaisir. C’est important de montrer de la gentillesse et de l’amabilité partout où l’on va, cela change vraiment le monde et cela rend meilleur.
  • J’aime de plus en plus passer du temps en cuisine et j’ai pris conscience que la nourriture est précieuse. Avant, quand j’avais faim, je sortais dîner au restaurant ou achetais un repas à l’emporter que j’avalais machinalement sans me poser de question. Mon comportement alimentaire a radicalement changé.
  • On peut faire énormément de préparations avec des poireaux, des pommes de terre, du riz et des flocons d’avoine et se régaler aussi ! :o)
  • Je veux que mon argent serve à faire vivre les indépendants et les petits commerces de proximité : coiffeur, manucure, couturière, maraîchers, bouchers, agriculteurs, épiciers, cordonnier, etc.
  • Je voterai pour toute loi venant en aide aux agriculteurs, aux entreprises et aux PME en Suisse. C’est eux qui font vivre la Suisse. Je crois aussi en l’avenir de la caisse maladie unique et du revenu de base inconditionnel.
  • J’ai une chance incroyable d’être aussi privilégiée mais je sais aussi que l’on peut tout perdre en un claquement de doigt.
  • Je suis contente d’avoir mené cette expérience jusqu’au bout même si je l’ai ratée. A présent, « je sais ce que c’est et je peux comprendre » même si je ne connais pas l’angoisse qui rend insomniaque ni la crainte d’ouvrir la boîte à lettres par peur de découvrir les factures et les rappels qui s’amoncellent. L’important est de s’en ouvrir et de parler à son entourage le plus tôt possible avant de sombrer dans la dépression et la spirale du surendettement. Il n’y a pas de honte à avoir. Les malheurs frappent tout le monde sans distinction.
  • Je suis d’une naïveté confondante et le resterai encore certainement mais j’essaie d’être un peu moins gourde.
  • L’argent fait le bonheur. Angus Deaton, Prix Nobel d’économie le dit. Ceux qui prétendent le contraire ne se sont jamais retrouvés dans une situation de détresse.
  • Je n’ai aucune complaisance pour les doux rêveurs qui développent des théories sur les « demandes à l’Univers », « Mère Nature » et autres blablas ésotériques à base de karma, de chakras et d’énergies. La vie est dure et la nature ne nous veut pas que du bien. J’ai toujours dit que la souffrance, la maladie et la mort étaient des concepts archi pourris !
Magalie m’a fait envie avec son lait chaud au sucre vanillé sur Instagram. J’ai fendu une gousse de vanille et l’ai mise à macérer dans du sucre pendant trois jours et le tour était joué !
Il me restait des noix de la Brisolée en famille au chalet. Je les ai ouvertes avec un marteau et les ai grignotées telles quelles avec une pomme, une poire ou dans du porridge.
Recette du porridge : faire cuire 120 g. de flocons d’avoine dans 4 dl de lait pendant 5 minutes à feu doux, aromatiser avec 2 cuillères à soupe de miel et ajouter des fruits frais, des noix, etc.
Plateau de fruits de mer Impérial du restaurant La Rouvenaz à Montreux. La serveuse était adorable et on a pris le temps de discuter. Je ne comprends pas comment certains clients peuvent se montrer désagréables au point d’humilier le personnel en salle et de les faire pleurer après le service. Le métier est déjà suffisamment difficile !
J’ai acheté une pièce de viande à bouillir et du jarret de boeuf à la boucherie Maillefer à Lausanne que j’ai laissé mijoter pendant 7h à feu doux avec des légumes d’hiver : chou, carotte, poireau, céleri, navet. J’ai également préparé une sauce gribiche à base d’oeufs durs, persil, câpres, cornichons avant d’apporter la cocotte chez ma copine Madame. Il restait suffisamment de viande pour les deux pour préparer un hachis parmentier dans la semaine avec une bonne purée de pomme de terre.